Gerhard Richter et le Réalisme Capitaliste

Le détachement des images comme représentation d'un réfèrent a considérablement complexifié l'approche de la surface de représentation picturale ou photographique. Les avant-gardes jusqu'au Pop Art ont arraché les arts visuels des problématiques de la mimesis (perceptive ou cognitive) pour réduire la surface picturale ou le plan de projection photographique à un flux sémiotique ou une pure expression subjective autonome.

Gerhard Richter tout d'abord dans un élan plus ou moins Pop Art a refusé le rejet de la peinture comme plan de projection possible. Il n'a pas voulu renoncer à la figuration et comme toute sa génération a tenté de se libérer du diktat de l'abstraction et des vanités d'une forme ultime de l'art pour l'art.

Cependant comme le minimalisme et le nominalisme régnant dans les années 1960/1970 il ne peut pas se soumettre à la mimesis. Il cherche une voie où l'on peut peindre et figurer en préservant l'autonomie de la peinture, de la picturalité. Il décide donc de se muer en peintre copiste reproduisant non le réel mais des images photographiques du réel.

Dès lors l'acte de peindre se tient sur le plan se situant entre l'image sans qualité reproduisant mécaniquement un réfèrent et l'acte de duplication. La picturalité Greenbergienne est respectée, mais sans la réduction au medium pur. Peindre c'est figurer, c'est projeter une réalité externe ou intime, la projection dans tous les cas demeure. C'est ce qui intéresse Gerhard Richter, une sorte de peintre wittgensteinien, qui se tient dans les limites du langage pictural tout en n'oubliant pas la relation au réel.

Le cantonnement au plan pictural de représentation permettra à Gerhard Richter d'aller de la reprojection altérée, floutée à l'abstraction comme décomposition et parfois grossissement démesuré de détails figuratifs.

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Auteur : Thierry Grizard.